« Au nom des femmes battus »

En France, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son compagnon de vie...
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« Ma vie, mon calvaire, mon témoinage » par Tatiana-Laurens

Bon, clairement, je vous avoue d’emblée un truc: je ne tenais absolument pas à traiter ce sujet, ni sur mon feed Instagram, ni même sur ce blog, et j’ai mis 3 jours à me décider à seulement l’évoquer en stories. Je ne sais pas pourquoi, j’avais peur de me faire lyncher, que l’on ne me trouve pas assez légitime pour en parler, peur que ce soit malvenu sur un instagram familial et plutôt guilleret en règle général. J’avais même limite honte… vous imaginez un peu où le tabou nous amène?!! Peur que ce soit mal-interprété: « elle nous partage des trucs bien hard pour faire un peu de buzz » (vous savez, les gens ont parfois des idées saugrenues, et je préfère toujours fuir les potentiels conflits sur les réseaux, et donc parler « de la pluie et du beau temps », « de bébé » aussi bien sûr principalement, mais toujours en pensant/pesant mes mots et à ce que mes propos fassent le moins de polémiques possibles). Puis, parfois, je me dis « merde au politiquement correct », « merde » si les gens ne sont pas capables de comprendre et déforment/amplifient « la chose »; quand je me sens dans le besoin, quand je sens que ça a de l’importance, quand j’en ai envie tout simplement, j’y vais.

3 jours que je me sens différente. Mal (tout simplement). Il y a 3 jours « j’attaquais » le livre autobiographique de Tatiana-Laurens: « Au nom des femmes battues« . Ce livre aura marqué mon existence à tout jamais. Il me hante, il m’a prit aux tripes. Je me rends compte que je (qu’on?) suis (est) bourré(e) de jugements (sans même vraiment le vouloir), d’aprioris, d’ignorance sur la violence conjugale. On pense connaître le sujet: « ben si, dans Desperate Housewives, souvenez-vous, ils évoquent le sujet à un moment, avec la (cougar) blonde qui sort avec le jeune Scavo, qui se prend des coups par son mari« . Plus récemment encore: « dans Trinkets (série Netflix), l’adolescente qui se fait violenter par son petit copain, que ses parents adorent (cd le petit copain) et qui cache tout ça à tout ses proches…« . Voilà grosso-modo l’image que j’ai j’avais de la violence conjugale. C’est triste, hein?! (la triste réalité)… On voit « la pub » à la TV aussi, avec le numéro d’urgence. C’est un bon début pour sensibiliser les gens, les victimes, les aider… mais si peu à la fois.

Après 3 nuits blanches, 3 nuits (jours) d’angoisses, de cauchemars, je me suis lancée… brièvement, furtivement: 2 stories avec ma très courte opinion. Il ne me fallait pas trop choquer, pas trop que ce soit mal venu/mal perçu. J’ai aussi posté quelques longs extraits de l’interview de l’auteure (que je jugeais plus parlants-sensibilisants) : extrait complet ⬇

Dans un élan de bon sens, je me suis dit « tant pis », je prendrai sur moi si certains « prennent mal » ce « partage ». Si je peux sensibiliser ne serait-ce qu’une ou 2 personnes sur le sujet, j’aurai gagné, peut importe ce qu’il m’en coûtera, si je devrais me justifier etc (je déteste avoir à me justifier). Après tout, je suis tombée de ma chaise, de 1: quand j’ai visionné pour la première fois cette interview; de 2: à la lecture de ce livre. Car croyez-moi, cette interview là est beaucoup moins… choquante, ahurissante, horrible, crue, brutale, morbide……….. que le récit écrit !

Comment un « être humain » peut-être capable d’autant de cruauté? Je ne m’en remets toujours pas… Il s’agirait là d’une histoire parmi tant d’autres: en France, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son compagnon de vie…

En France, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son compagnon de vie…

Une tous les 3 jours… MERDE !

Les violences faites aux femmes, sans entraîner la mort, sont en hausse. 98 500 faits ont été recensés en 2017 (+ 1,5 %). Il s’agit de violences physiques, viols, menaces de mort et harcèlement. (source: www.midilibre.fr).

On peut se dire, « mais mince alors, pourquoi elles ne partent pas? »… Facile à dire quand on est étranger à tout cela… Mais Tatiana l’explique bien, en long en large et en travers à travers son oeuvre. Une fois que la femme est « prise dans les filets » d’un fou furieux/malade mental/d’une sombre merde/d’une crevure/d’une enflure (ça, ce sont mes mots)… il est bien difficile de s’en sortir. Violences physiques et verbales, manipulations, humiliations, menaces… ces bourreaux savent s’y prendre… Le cerveau de la victime ne répondra pas comme celui d’une autre femme (que je pourrais dire « censée »). Je le comprends maintenant. La peur prend le dessus sur tout, la survie ! « Il vaut mieux mourir demain plutôt qu’aujourd’hui » (cette phrase extraite de son livre m’aura marquée).

Ma tristesse est grande. Je suis complètement chamboulée, perturbée alors que je suis complètement étrangère de ces faits (enfance heureuse, mari adorable…) ! La violence est beaucoup plus présente que ce que l’on peut imaginer. Les statistiques sont là. Mais où?! On ne sait pas ce qui se passe dans la maison d’à côté ! Ces « hommes » (monstres) savent où frapper, les femmes ont honte, se cachent, n’en parlent pas; et quand bien même si l’entourage a des doutes, elles arrivent à nier en bloc, à faire comme ci de rien n’était. Alors que faire? Comment les aider? Personnellement je me sens démunie. Je ne peux que partager ce livre, cette interview, sensibiliser sur ce fléau meurtrier. J’avais besoin d’extérioriser également. Ça me fait du bien d’écrire ces mots, il faut que ça sorte. ilyadesputainsd’enfoirésdemerdedanscemondedefousc’estimpensableinimaginablequefairebordel?ouestlajustice?quefaislajustice?……………………

J’avais (bêtement, car plus j’avance dans cet article plus je me rends compte à quel point c’est bête) peur de votre réaction au partage de ces quelques stories. Peur d’une incompréhension générale. Mais je l’ai aussi fait pour une raison: environ 90% de ma communauté sont des mamans (jeunes/futures mamans). Je suis moi même maman, d’une petite fille… ma chair, mon sang. Sans cette interview, sans ce livre, JAMAIS je n’aurai abordé ce sujet avec elle. Elle n’a même pas 2 ans, alors bien-sûr, je ne l’ai pas encore fait ! Mais, quand elle sera en âge de comprendre, c’est un sujet que j’aborderai avec elle, sûr ! Du fait d’en parler ici, peut-être que d’autres mamans suivront cet exemple. Comme je le disais plus haut, si ces paroles (écrits) auront sensibilisé ne serait-ce qu’une seule et unique personne, je suis heureuse. J’expliquerai à ma fille que la violence n’est pas normale, je lui dirai de partir à la première gifle, au premier signe de violence (en la sensibilisant je n’aurai bien sûr pas la garantie qu’elle ne connaîtra jamais ça)… De mon côté je serai aussi vigilante par rapport à elle. Puisque, souvent, les femmes battues/violentées ne parlent pas !
Mamans de filles/adolescentes, expliquez leur ! Mamans de garçons, expliquez leur aussi !!! Ne banalisons pas la violence. Parler, sensibiliser peut sauver des vies. Alors… parlons… qu’en dites-vous? Et si jamais vous êtes témoins d’actes violents dans la rue… par pitié faites quelque chose, appelez la police, je n’en sais rien, mais ne laissez pas faire !… j’ai lu des choses tellement honteuses dans ce livre… Ne jugez pas sans savoir, ne faites pas de conclusions hâtives. Après, ceci est aussi délicat… car amener la police au domicile du femme battue peut aussi s’avérer très dangereux pour elle. C’est un cercle vicieux. Un putain d’horrible cercle vicieux.

La rédaction de cet article n’était absolument pas prévu dans ma journée. Je l’ai écris d’une traite. Je pouvais bien mettre en stand-by mon planning (aussi futile soit-il (enfin, je devais bosser sur de nouvelles créations, mais cela n’est pas à un jour près)) quelques heures pour faire un minimum de sensibilisation. Certains de mes mots sont sans doute maladroits; je ne suis pas à l’aise à parler de « faits de société ». Mais ces mots viennent du cœur.
J’espère avoir éveillé quelques consciences, car éveiller les consciences peut aussi sauver plusieurs vies.
Ce livre est une véritable « claque dans la gueule » à se prendre (si j’ose dire). Après, je ne force personne à le lire, car sachez qu’il est dur, très dur, pénible, douloureux. Je pense que si vous en êtes arrivés jusqu’ici vous êtes déjà sensibilisé(e)s.
Je voudrais aussi rajouter que, finalement, je suis très heureuse d’avoir partagé cela en story ce matin. J’ai reçu de nombreux « mercis » en privé. Plus triste par contre, j’ai aussi reçu des témoignages, enfants battus, femmes anciennement victimes et pire… femmes actuellement victimes. Si je m’attendais à tout cela… Je me sens démunie. Tellement démunie…

Mes derniers mots seront pour cette femme, Tatiana (car après je compte bien clore le sujet car ça me rend malade au sens propre et figuré); je ne sais pas si un jour elle tombera sur mes mots… Sache qu’à mes yeux tu es la femme la plus forte, la plus digne et la plus courageuse qu’il m’est été donné de lire. Continue ton combat pour éradiquer ce fléau (association Rose-Jaune). Que la justice suive…
A toutes les femmes violentées… force et courage. Je ne saurai que dire de plus…

39.19 : SOS Femme Violence Conjugale, Victime de violences psychologiques, morales, sexuelles ou physiques au sein de votre couple, vous ne savez à qui en parler, à qui vous adresser. Ou vous avez tout simplement besoin d’en parler… Des écoutantes qualifiées respecteront votre anonymat et pourront vous indiquer les associations, les services, les professionnels qui vous aideront dans vos démarches.

« Au nom des femmes battues », version livre (voir ici), version PDF (voir ici).
« 10 ans après vivre heureuse après les violences conjugales », voir ici.

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